Un tour de manège mélancolique
Écrit en avril 2022
Ce texte a été rédigé vers mars-avril 2022. Pour le contexte, j'étais aux prises avec un burn-out professionnel, et, alors que je prenais le bus dans la grisaille et la froideur bruxelloises, l'algo YouTube, après un morceau de Lucio Bukowski, avait choisi de me faire découvrir « Manège », qui a fait naître en moi ce besoin d'écrire, encore une fois.
Parfois, le hasard fait bien les choses.
Pour moi, c'était avant-hier en attendant les transports en bas de chez moi, bonnet et casque vissés sur la tête avant de m'engouffrer dans le bus. Alors que jusque-là YouTube m'avait proposé des morceaux de Lucio Bukowski et de L'Animalerie que j'apprécie, voilà que commence cette piste que je ne connaissais pas.
Les premières secondes sont déroutantes – et pour être tout à fait honnête, pénibles, tant le son est cacophonique. Puis tout s'harmonise, la mélodie se met en place et Veence Hanao m'emporte au son de sa voix sur son manège, loin des tendances du rap mainstream, que ce soit dans la prod ou les paroles.
Et alors que défilent les façades grises de Bruxelles, des fragments me reviennent en tête : la pêche aux canards, le tir à la carabine, les pyramides de conserves et autres hot-dogs mal cuits viennent peupler le carrousel de ma mémoire, sur la petite musique du temps qui passe, me ramenant à cette époque où les factures et la paperasse n'avaient pas encore chassé le monstre caché dans le placard de ma chambre d'enfant, quand la vie était par pas mal d'aspects plus simple.
Tirant sur les cordes de la mélancolie, Veence fait remonter la floche de l'insouciance avant qu'on ne puisse s'en saisir, fier de repartir pour un tour, nous rappelant que le temps passe, chacun portant son lot d'espoir, de souvenirs et de regrets, avec dans le miroir, le temps passé au loin, nous faisant un signe de la main lors d'une fraction de seconde, d'un battement de paupières.
Puis, comme la fête foraine ferme, chacun retournant à son existence, reprenant le rythme de sa vie, laissant les couleurs vives derrière soi, le morceau s'arrête, me renvoyant au bruit de la carlingue du bus montant poussivement la pente, me renvoyant à mon quotidien.
Mais mon trajet n'est pas encore fini. J'appuie quelques fois sur le bouton repeat, pour refaire un tour de manège et encore quelques fois caresser la floche glissant entre mes doigts. Je ne l'ai pas attrapée, mais je me dis que ce serait dommage de ne pas vous en faire profiter et de vous donner une occasion d'attraper ce trophée de laine.
Veence Hanao, « Manège » : https://www.youtube.com/watch?v=6oMCCxYJHbk
Bonne écoute 😊